Accueil   Grèges   Commander   Revue   Livres   Livres d'artistes   Auteurs   Contact

 
     
L’Usage ancien de la pierre
Ray DiPalma

Traduit de l’américain par Vincent Dussol. 96 pages, 16 x 22 cm, tiré à 500 exemplaires sur Centaure naturel 110 g.

12 euros
Commander l'ouvrage

L’Usage ancien de la pierre est la première de trois œuvres à charpente diaristique composées par Ray DiPalma durant la dernière décennie. Ont suivi Jihadgraphy (2002) et An August Daybook (2005). Timide dans ce premier livre, la place du visuel s’affirmera ensuite. La structure à semblance de quotidienneté se prête peut-être à cette fusion des deux pans de la création de DiPalma, à la fois poète et artiste graphique depuis ses débuts. Au fil des entrées, on lit le constat d’un effondrement, d’une complétude impossible, d’un originaire enfui, d’un sens en quête duquel il faut partir. Flottent des fragments. En choisissant la forme du journal, DiPalma s’est donné la possibilité de continuer dans l’expérimentation : d’autant que la suite des jours est ici rompue, discontinuité homologue au propos.

A l’époque où L=A=N=G=U=A=G=E constituait l’avant-garde, DiPalma, qui en était un des acteurs principaux, se battait sur le front de la lettre, du vocable, de l’inédit et de ‘l’inécrit’. C’est désormais essentiellement dans la juxtaposition que se situe sa prise de risque. DiPalma creuse les écarts sur la page d’abord entre ses notations propres écrites sur des registres très divers, ensuite entre celles-ci et les citations dont il enrichit son texte. Au lecteur de faire son parcours, de trouver un fil dans ce centon où ce qui a l’aspect de la prose participe au brisement de l’unité formelle. On peut observer, au fil des deux dernières décennies, une évolution des textes poétiques de DiPalma vers la séquence. Les continuités prennent le pas sur la brisure. Parallèlement, le journal de L’Usage ancien de la pierre semble avoir été tenu contre la séduction de la fluidité, à rebours de la plume.

Les prélèvements que fait le livre dans l’histoire de la littérature pointent dans plusieurs directions : Dante, la Renaissance anglaise, le Moyen-Âge français. Vers les langues étrangères aussi. On est en territoire poundien, les dangereux jugements à l’emporte-pièce en moins. Le poète et poéticien Pound est cité explicitement à plusieurs reprises. Il aura aussi frayé pour DiPalma, d’origine calabraise, le chemin vers une italianité de plus en plus revendiquée. Dans cette mosaïque s’esquisse un autoportrait dont le biographique aurait été presque effacé. L’auteur se garde de lui-même : « L’émerveillement m’attire ... Je vais essayer autre chose (15) ».

Quel est cet usage ancien de la pierre ? C’est ici l’inscription. L’acte graphique qu’on ne commettait pas à la légère. Qui veut que la lettre reste. Coexistent ici la nostalgie de cette forme de permanence et la conscience qu’il ne faut pas en rester là. Les bribes sur les pages peuvent être vues et lues comme mimétiques : elles seraient autant d’inscriptions. Le récit est difficile sur la pierre. D’où la brièveté des fragments. Une fois recréées ces conditions plus difficiles du passé, l’observation du laboratoire de l’écriture exigeante peut commencer. Dans ce livre, Ray DiPalma scrute ses passages à l’acte, donne ses critères de laisser passer, met à nu les filtres qu’il place sur le cours de sa création, ses réticences. Les escrocs et les dupes, les simulacres et les naïvetés sont ses cibles favorites. Son appréhension du monde est fondamentalement noire, empreinte de colère et de tristesse. Il propose ses propres formes minimales d’honnêteté : le noyau, le discret, les arêtes vives, les ruines, le vent fort.

Les vestiges du monde qu’il donne à voir sont une sélection typiquement contemporaine : ils traduisent une double attirance pour un passé lointain mais indéfini - contrairement à Pound - et pour un extérieur au dessin clair, adamantin. Une configuration deleuzienne avec des nomades et des haïkus. Sur son fond de noirceur, la consolation, toujours partielle, est retrouvée par DiPalma dans les éclairs de joie d’un homo faber, curieux de la naissance des rythmes sous son usinage intime des mots. L’américanité de DiPalma est peut-être dans le brassage de matériau hétérogène et dans la tentative d’indiquer malgré tout des pistes cohérentes dans le foisonnement du divers. La route des figures voyageuses aperçues au passage du texte les mène de l’Egypte ancienne à Los Angeles.

L’Usage ancien de la pierre est une sorte de carte ou d’itinéraire entre des mondes.


 

 

 

Autour de l'ouvrage :

(Pas d'autre œuvre aux éditions Grèges)

 

 

         

 

Retrouvez ici nos annonces événementielles. - Plan du site