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Voyage hors des limites de l’Essex
John Clare

John Clare, Voyage hors des limites de l’Essex et autres textes autobiographiques, 14 x 19 cm, 112 pages, tiré à 300 exemplaires sur Centaure naturel 110 g. Textes traduits de l’anglais et présentés par Pascal Saliba. Isbn : 2-9515180-6-4. 14 euros. Juin 2003.

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À l’époque du romantisme tardif, entre le Lenz de Büchner et l’Aurélia de Nerval, l’écriture autobiographique de John Clare (1793-1864) témoigne d’une volonté et d’une nécessité de préserver « l’identité propre », d’un combat mené contre une double aliénation, sociale et mentale.
Issu d’une famille « illettrée au dernier degré », ignorant orthographe et ponctuation, John Clare écrivit très tôt de nombreux poèmes dont certains furent publiés par John Taylor, le premier éditeur de Keats et Thomas de Quincey. Il fut cependant accusé de ne pas être l’auteur de son premier recueil. La célébrité atteignit pourtant le « poète-paysan », qui rencontra Coleridge et De Quincey à Londres, mais elle fut de courte durée, et les publications s’espacèrent. Sujet à des crises de plus en plus fréquentes dont l’origine remontait à l’enfance, Clare décida de se faire interner en 1837. C’est en s’évadant de l’asile en 1841 pour retourner chez lui et les siens, vivants et morts, qu’il rédigea les notes au rythme heurté, hâché, du Voyage hors des limites de l’Essex. Recueilli quelque temps par sa véritable épouse, Patty, John Clare retourna finalement à l’asile et y resta jusqu’à sa mort en 1864, écrivant lettres et poèmes.

 

 

 

Autour de l'ouvrage :

(Pas d'autre œuvre aux éditions Grèges)

Presse :

On ne connaît encore que les Poèmes et proses de la folie (1969) de l’Anglais John Clare (1793-1864) et, désormais quelques fragments de ses écrits autobiographiques traduits par Pascal Saliba. Belle et curieuse figure que John Clare, né dans le " morne village " de Helpstone, élevé dans un monde où " le fait de lire des livres (...) n’apporterait rien de plus à l’idiot que j’étais que la possibilité d’entrer à l’hospice ". Il se fit interner en 1841. Fou, l’était-il déjà quand, enfant, il fut pris d’une " vraie fureur " de lecture ? La Bible, les canards à deux sous puis décisives, les Saisons de Thomson qui le confient aux muses. Mais un poète paysan... quel éditeur prendra le risque d’une oeuvre rurale ? Et puis la folie fait recette. On ne se presse pas pour traduire cette poésie nouée sur une extase panthéiste dont on aperçoit grâce à P. Saliba qu’il faut aller y voir. Certes, la langue de sa prose se délite, l’orthographe chahute, mais c’est le signe d’un allant formidable et de la perte d’identité dont souffriront Nerval et d’autres romantiques. De même, la curieuse épopée de Clare à la recherche de son épouse imaginaire Mary Joyce à travers la campagne anglaise évoque d’autres parcours étranges : Albert Glatigny, Germain Nouveau ou Léon Deubel, tous chemineaux à plume et à grain. Et quand Clare évoque le secret de ses premières écritures, on ne peut que songer aux pages hédonistes et rudes de Dominique Poncet perché dans ses arbres le crayon dans les pattes (Les Pentes fabuleuses). En attendant de lire les poèmes ruraux de John Clare, visitez-le et votez Pan.

Éric Dussert

Article paru dans le N° 048 15 novembre-31 décembre 2003

(Le Matricule des Anges)
http://www.lmda.net

Presse :

L’innocence du poète. Un sujet forcément tabou. Bataille d’Hernani de toujours entre les partisans de l’innocence innée de celui qui se donne simplement sans détours à Calliope et les tenants de la construction par le poète lui-même de son aura de pureté. La recherche de témoins impartiaux est délicate. Surtout à l’époque romantique. Büchner, Hölderlin ou Nerval pourraient être comptés dans le premier camp, Lamartine ou Byron dans le second.

Classer John Clare (1793-1864) n’est en revanche pas si évident, tellement est étonnant le destin de cet autodidacte qui a embrassé l’écriture comme d’autres la vocation religieuse afin de protéger son « identité propre ». Un temps coqueluche du Tout Londres littéraire avant d’être oublié, le « poète-paysan » de plus en plus miné par des crises d’absences » abandonna finalement la ville qui l’avait si longtemps tenté pour choisir de lui-même un internement en asile en 1837. Il y restera pendant les vingt-sept dernières années de sa vie....

La nouvelle traduction qu’ont choisi les éditions Grèges essaie pourtant de résoudre la question en présentant les textes les plus célèbres de ce phénomène de la littérature : des « esquisses autobiographiques » de 1821, des « fragments autobiographiques » écrits sur plusieurs années ensuite, quelques lettres et, surtout, ce journal de voyage de l’été 1841 qui donne son titre à l’ensemble et constitue en fait un récit d’évasion de l’asile. La ponctuation souvent déficiente, les fulgurances grammaticales, les tortures faites aux mots et une langue hachée et sibylline plaideraient pour une rencontre soudaine et immanente avec le génie littéraire. Ce délitement du langage, d’une si inquiétante modernité, inclinerait même à rendre hommage à une figure que l’on aimerait présenter comme pure émanation des forêts intranquilles de l’innocence, tant elle semble se complaire dans les formes respectables d’une bouche d’ombres terriennes et agrestes. Est-ce d’ailleurs un hasard si le voyage narré est une escapade vers le Nord, loin des expériences héliotropiques héroïques mais perverses qui furent fatales à l’exact contraire de Clare, ce boiteux magnifique et citadin de Byron ? N’est-ce pas là la marque d’un magnétisme naturel vers le pôle de l’absolue pureté ? Ce vagabond qui aime à rappeler que « ses parents étaient illettrés jusqu’au dernier degré », qui semble si désireux de s’approprier la clé des mots et qui aime aller "à l’aventure tout seul le Dimanche parmi les bois et les champs", n’est-il pas un Illuminé ?

Tout l’intérêt de la lecture de ses textes, au-delà d’une description souvent ironique de la vie des campagnes anglaises au début du XIXe siècle, tient en fait dans l’absence de réponse sures à ces questions. Car le valeureux Clare qui se présente à nous comme « chaque jour de plus en plus attaché » à « la passion de versifier » brouille en fait les pistes, et le lecteur n’est jamais vraiment certain de ne pas être abusé par un affabulateur qui, loin d’être un témoin direct de lui-même, se ferait plaisir en recréant en fait UNE vie par son écriture. Entre Nerval et Nietzsche, il découvre ainsi un émule de Rousseau qui a « commencé une lettre et fini un sermon » et qui se plait à dévoiler le cœur pourri des hommes. Et dans les récits de ce paysan éperdu, mélangeant ses femmes comme ses aventures, vivant le retour en soi contre le monde apparemment civilisé de la ville, il découvre peut-être le créateur presqu’innocent de l’auto-fiction.

Metteuse en scène mimétique de cette aventure assez étonnante de la littérature romantique, la traduction de Pascal Saliba est simple comme le personnage Clare. Sa postface est également très éclairante... On peut en revanche être un peu dubitatif sur l’ordre des textes...à moins qu’il ne s’agisse là aussi de troubler un lecteur pour le persuader que la lecture des œuvres de Clare relève du décryptage des passions d’un quasi prophète.

Antoine Godbert

 

 

         

 

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