Accueil   Grèges   Commander   Revue   Livres   Livres d'artistes   Auteurs   Contact

 
     
Le Mot que je porte
Brice Petit

Brice Petit, Le Mot que je porte, 16 x 22 cm, poèmes, 112 pages, tiré à 500 exemplaires sur Centaure naturel 110 g. Isbn : 2-9519090-1-2. 12 euros. Janvier 2004.

12 euros
Commander l'ouvrage

Le Mot que je porte est le premier recueil de Brice Petit, qui a jusqu’ici publié des poèmes en revues (Le Mâche-laurier, Moriturus, L’Atelier contemporain, Grèges). Ce livre se compose de deux sections, Récit, suivi de et emportement.
La première, elle-même subdivisée en trois mouvements, « Route », « Vieux nulle part », « Rompu », constitue le « récit » d’une quête du mot, de son poids d’expérience ou de néant : c’est l’expérience partagée de ces poèmes que celle d’une langue crispée, perdue ou délabrée, que le sujet s’efforce inlassablement de reprendre, de dénouer, de réparer - par quoi il « se » répare aussi dans l’ordonnancement des vers. Ce sont des poèmes du reste, des poèmes de la trace : des voix fantomatiques les traversent souvent, et leur donnent un aspect flottant, à la limite, parfois, de la désincarnation (« Rompu »). Bribes, lambeaux, échos de paroles s’entretissent, et dessinent ainsi l’espace d’une mémoire où vient heurter l’étrangeté de « la culbute / à / être ».

 

 

 

Autour de l'ouvrage :

Grèges n°6 Petit Brice
  "La Route" Poèmes

Grèges n°8 Petit Brice
  "Où" Poèmes

Le Paysage de la langue

Grèges numéro 10 Brice Petit
  "Avec cette pétrifiante enveloppe de guerre"

(Pas d'autre œuvre aux éditions Grèges)

Presse :

Collaborateur de la revue Grèges, fondateur avec Guy Viarre et Cédric Demangeot de Moriturus, l’un des rares espaces où de nouveaux venus tentent de recommencer la poésie, Brice Petit publie à moins de trente ans, avec Le Mot que je porte, un premier recueil qui tranche comme un éclat de verre (ou une giclée de sang) sur notre paysage, rejetant du même coup dans l’ombre bien des prétentions du moment. Les raisons de sa réussite sont d’ailleurs malaisées à circonscrire, n’ayant rien de « spectaculaire » - sinon que cette écriture tourne visiblement le dos à ce qui fonde la plupart des démarches poétiques contemporaines : descriptions littérales, séries mathématiques, confessions, borborygmes, rêvasseries métaphysiques... Brice Petit semble pour sa part voué à une autre manière d’exploration : il arpente une contrée plus abstraite, invisible sans être absente - ce que je serais tenté de nommer un paysage prosodique - en vue d’une lumière qui déchirerait le voile tendu devant le monde et que l’écriture, parfois, permet de soupçonner : « Car si j’avais failli je méritais/de voir//[...] que je pouvais toujours mettre le pied/sur une ombre habitée/à tout le moins sur une erreur commune. » Comme chez l’Américain George Oppen - auquel il fait parfois penser et qu’il semble avoir lu de près-, sa poésie « tient » (naît) dans la tension entre un regard mesuré sur cet impensable versant du monde et une exigence formelle (notamment dans l’art des strophes) d’où elle tire sa lumière cachée. Ou la reflète. À cet égard, la dernière section du livre, « Et emportement », constitue l’une des méditations (éthiques, esthétiques) les plus intenses qu’on ait pu lire depuis longtemps. Il va falloir rester à l’écoute de cette parole qui semble se méfier de toutes les formes d’illusion (et de renoncement...) mais qui s’avance avec une telle gravité dans la transparence des vers : « Les choses ne sont plus qu’ici//dans l’infini d’un emportement/la ligne du défaut//la défaillance d’un hiver dans le langage. »

Yves di Manno

Vient de paraître, n°17, juin 2004

Presse :

« dans l’infini d’un emportement / la ligne du défaut »

Le premier livre de poésie de Brice Petit se compose de deux pans, le premier intitulé « Récit » et subdivisé en trois parties, le second d’un seul tenant, intitulé « Et emportement ». En effet, c’est bien au récit emporté d’une quête du mot (du mot juste, pesé, pensé, celui qui, enfin, parviendrait à dire...) que Brice Petit nous convie dans ces pages. Une quête qui est bien sûr inachevée, inachevable, reconduite dans ses manques et ses errements, et jalonnée de traces éparses, de mots trouvés et perdus, fragments de voix blanches et désincarnées, bribes se répercutant en échos lointains. Ici, « des vers blancs pensent le crâne », et face au monde, « cette épaisseur est simple / ce qui brille / c’est le silence ». De fait, et c’est sans doute là toute la gageure de ce livre, B. Petit parvient à tourner autour d’une forme d’abstraction persistante en usant d’une langue qui fait fi des jeux contemporains d’expérimentation à outrance ou de tentatives de déconstruction trop marquées, et s’incarne véritablement, parvenant à trouver un équilibre entre chair de vocable et pensée soupesée. Dans ces vers, on navigue dans « la neige du sens » grâce à un patient travail sur la syntaxe et le lexique, lequel nous projette au cœur d’un univers où « le vent le vers / traversent la poche ». Se mêlent ainsi au parcours du sujet parlant, qui se heurte à la portée d’une « phrase à bout de bras », diverses évocations. Celle-ci pour exemple : « j’ai vu l’ouvrier mort / en plein midi / sur le goudron frais /.../ il poussait le néant /’ entre deux montagnes / il soufflait ». Mais aussi, et ce sera l’un des fils sous-jacents au livre, celle de l’Histoire majuscule avec ses wagons de mort, particulièrement prégnante dans la dernière partie, sans doute la section la plus forte de l’ensemble. Brice Petit y trouve un souffle singulier dans l’écriture et la composition de son vers, alliant « la langue du ballast / et la phrase coupante // dans cet espace / ce mur de bourre /où la langue a été envoyée // où je ne cessais pas d’aller / et de retourner », écrit-il.

Un premier livre à saluer et à lire avec attention, tant cette voix poétique détonne dans le paysage actuel : « quand je m’arrête de passer / regarde le passage // par le langage ».


Lionel Destremau

 

 

         

 

Retrouvez ici nos annonces événementielles. - Plan du site